Véronique De Keyser

Députée européenne et conseillère communale à Liège

Vice-Présidente du Groupe Socialistes et Démocrates du Parlement européen

« Levez le siège maintenant » demandent les députés, dont Véronique De Keyser, en visite à Gaza

29 mai 2010

Une délégation conjointe composée de neuf députés des commissions des affaires économiques, des budgets et du développement a quitté la bande de Gaza ce vendredi, après avoir participé à une mission d’enquête organisée par l’UNRWA. La délégation a procédé à l’évaluation de la situation humanitaire à Gaza et des résultats de l’assistance financière de l’UE.

La visite a été rendue possible grâce au soutien des autorités égyptiennes dont l’aide précieuse a été vivement appréciée par la délégation.

« La situation humanitaire alarmante, et de plus en plus catastrophique, requiert une levée immédiate, totale et durable du blocus imposé par Israël » indique la délégation. Cet appel est lancé alors que la violence à Gaza a fortement diminué. La délégation fait observer que le siège a complètement isolé les habitants, condamnés à vivre dans une pauvreté extrême. Environ 80 % de la population dépend aujourd’hui de l’aide alimentaire. Le siège affecte profondément la population et crée un marché noir, mais il fait également le jeu des factions les plus radicales qui renforcent leur pouvoir en gagnant de plus en plus d’argent: « Le siège doit être levé afin de donner libre accès à l’aide humanitaire, de permettre la reconstruction et d’offrir une nouvelle chance à l’activité économique légale et un espoir à la population » ont indiqué les députés.

« L’UNRWA fait un travail fantastique, mais il manque de fonds. Il est urgent que l’Union européenne et les autres bailleurs de fonds dégagent davantage de moyens pour financer l’action de l’UNRWA, notamment dans le domaine de l’éducation, qui représente 80 % de son budget. Chaque année, il nous arrive plusieurs milliers d’enfants en âge scolaire en plus, mais il n’y a pas d’argent pour construire de nouvelles écoles et payer les enseignants ». Les députés déclarent qu’ils ne ménageront aucun effort pour que le Parlement augmente le soutien financier à l’UNRWA.

« L’UE doit lancer, sans délai, une action politique afin que le siège de Gaza soit levé et que la reconstruction des infrastructures de base puisse commencer. Lorsqu’on se rend sur place, on comprend la situation de Gaza. À ce jour, seuls deux ministres des affaires étrangères ont visité Gaza. Nous invitons les 25 autres à s’y rendre pour se rendre compte de la situation sur le terrain. L’UE doit s’employer activement à devenir un véritable acteur de paix ».

Information sur les activités de la délégation

La délégation s’est rendue sur le site du projet de logements de l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient ) à Khan Younis, qui a été interrompu en raison du blocus de Gaza, même s’il est intégralement financé, et elle a procédé à un échange de vues avec le comité directeur de la « Banque de Palestine », chargée de verser les aides financières accordées aux familles en difficulté de Gaza, dans le cadre du programme humanitaire PEGASE. Le directeur opérationnel de l’UNRWA à Gaza, John Ging, s’est entretenu avec les députés des défis de son organisation et de la situation désespérée de la population gazéenne. La délégation a également rencontré des défenseurs des droits de l’homme et des chefs d’entreprise; elle a visité le tunnel de Rafah et a pu observer les activités de marché noir.

Députés faisant partie de la délégation à Gaza :

- Eva JOLY (présidente de la commission du développement, Verts/ALE, FR),
- Michèle STRIFFLER (vice-présidente de la commission du développement, PPE, FR),
- Ivailo KALFIN (vice-président de la commission des budgets, S&D, BG),
- Lajos BOKROS (commission des budgets, ECR, HU),
- Véronique DE KEYSER (commission des affaires économiques, S&D, BE),
- Marielle DE SARNEZ (commission des affaires économiques, ADLE, FR),
- Göran FÄRM (commission des budgets, S&D, SE),
- Nicole KIIL-NIELSEN (commission des affaires étrangères, Verts/ALE, FR),
- Ivo VAJGL (commission du développement, ADLE, SL).

L’ambassadeur d’Israël refuse l’entrée à Gaza au Parlement européen : Véronique De Keyser, eurodéputée, n’accepte pas cette décision !‏

12 mai 2010

Une importante délégation parlementaire comprenant les commissions des Affaires étrangères, du Développement et du Budget, doit se rendre en Israël et dans les territoires palestiniens occupés du 24 au 27 mai.

L’Ambassadeur d’Israël vient de faire savoir que la visite de Gaza n’aurait pas lieu, la politique de son pays ayant changé par rapport aux délégations politiques. Israël s’y oppose donc.  » Une décision inacceptable ! Le Parlement européen ne se laissera ni humilier, ni dicter sa conduite. » a déclaré Véronique De Keyser.

Une décision israélienne qui semble cependant ciblée car une délégation parlementaire allemande a pu rentrer à Gaza le 15 avril dernier. L’ambassade a été plus loin dans ses dictats. C’est non seulement la visite à Gaza qui est refusée, mais le programme de la délégation de parlementaires européens qui est critiqué. Et notamment certaines rencontres avec des ONG israéliennes qui défendent les droits de l’homme et surtout la rencontre avec Saeb Erakat, négociateur des accords de paix à Jérusalem-Est. Une rencontre qui, aux dernières nouvelles, serait refusée.

Les députés européens refusent ces interférences et n’abandonneront pas pour autant la mission projetée. Le groupe des parlementaires concernés par la visite à Gaza où les responsables de l’UNRWA devaient faire le point de leurs besoins humanitaires vont tenter d’entrer par Rafah en demandant, d’ores et déjà, l’aide et la collaboration des autorités égyptiennes.

Ce durcissement de l’attitude du gouvernement israélien actuel, au moment où débutent de timides négociations de paix, est un signal contradictoire et regrettable. Il démontre, une fois de plus, la volonté d’Israël de poursuivre son blocus qui, outre son caractère contraire au Droit international, a prouvé son inefficacité politique et son caractère inhumain.

« Que s’est-il passé après Gaza ? » : carte blanche de Véronique De Keyser parue dans Le Soir du 29/12/09

29 décembre 2009

Il ne s’est rien passé à Gaza. Il ne s’est rien passé. C’est ce que distillait le leitmotiv lancinant de Marguerite Duras à propos d’Hiroshima. Toute tragédie qui n’est pas protégée par un bouclier historique est vulnérable à la manipulation. Il y a un an l’offensive « Plomb durci » faisait 1.417 morts d’un côté – dont 926 civils incluant près de 400 enfants – et dix soldats plus trois civils de l’autre. Et le langage politiquement correct va très vite transformer cette boucherie en une réaction disproportionnée.

Dénoncer ces faits aujourd’hui, c’est au mieux se faire taxer de propagande, au pire d’antisémitisme. Car alors que rien n’a changé depuis l’offensive militaire, ni le blocus, ni la misère, ni les destructions, ni l’économie des tunnels, ni le contrôle du Hamas sur Gaza, alors que ces morts ont été massacrés en vain, l’heure est plutôt à l’apaisement. Surtout ne pas réveiller la colère de l’immigration musulmane dans nos pays, ne pas susciter de dérapages antisémites, éviter l’ire de milieux intégristes des deux bords, surtout pas de casse. On lisse le message et on attend Obama comme on attend sœur Anne. C’est-à-dire en vain.

Il y a un an, avec quelques députés européens, je réussissais à pénétrer à Gaza pendant l’intervention militaire et à y rencontrer des responsables de l’UNRWA, l’agence onusienne aux réfugiés. Les locaux de l’UNRWA avaient été bombardés, une école qui servait de refuge à la population également et le choix de ces cibles civiles avait bouleversé le monde entier. C’est sous les bombes que nous avons quitté Gaza, emportant pour toujours les visages affolés des enfants, avec la mauvaise conscience des survivants. Libres ! Aujourd’hui encore je porte ce privilège – la liberté – comme un deuil. Et comme une responsabilité : combattre le déni. Oui, il y a eu crimes et massacre à Gaza. Et le blocus qui perdure bafoue le droit international. Mais je ne suis pas seule à traquer les assauts de l’oubli : un bouclier de vérité se met en place.

Il y a d’abord eu le rapport du Juge Goldstone. Ce magistrat sud- africain a, à la demande de l’ONU, diligenté une enquête sur l’offensive de Gaza. Il y dénonce des crimes assimilables à des crimes contre l’humanité. Si les agissements du Hamas, comme ceux du Fatah sont sévèrement critiqués dans le document, c’est le gouvernement israélien qui essuie les reproches les plus lourds. Goldstone demande que les parties nommées initient des enquêtes indépendantes sur les faits répertoriés. Israël, à ce jour, s’est borné à des enquêtes ponctuelles et militaires pour juger des actes de ses soldats. Le Fatah amorce un mouvement. Rien ne filtre encore du Hamas. C’est en février qu’on discutera à l’ONU des suites du rapport Goldstone.

En attendant, le magistrat d’origine juive est traîné dans la boue et taxé d’antisémitisme par une partie de la presse israélienne. Mais ce sont des associations des droits de l’homme tant israéliennes que palestiniennes qui surveillent le progrès des enquêtes. L’Union européenne quant à elle a recensé toutes les destructions observées par satellite, et a estimé leur coût. Le dossier est lourd mais il est inattaquable.

Autre document à marquer d’une pierre blanche : le rapport sur Jérusalem-Est établi par des diplomates de l’Union européenne. Sorti en décembre 2009, il n’a pas été adopté comme tel par le Conseil, ni rendu public, mais chacun le lit sous le manteau. C’est un réquisitoire implacable sur la politique de colonisation de Jérusalem-Est par le gouvernement israélien. Rappelons que l’Union n’a jamais accepté cette politique d’annexion. D’où la conclusion très ferme du Conseil des Affaires Étrangères de décembre 2009 : Jérusalem doit être la capitale de deux États.

Faut-il voir dans cette fermeté inattendue de l’Union européenne le retour à des fondamentaux du droit international, ou le message ultime de la présidence suédoise ?

On l’ignore mais cette fermeté transparaît également dans les déclarations sur le Moyen Orient de Cathy Ashton après sa nomination comme Haute Représentante auprès de l’Union. On sent donc enfin un frémissement politique dans l’Union européenne.

Troisième signal : celui que donnent les innombrables associations humanitaires, activistes des droits de l’homme, personnalités culturelles et politiques qui prennent la route de Gaza, quitte à se faire bloquer à Rafah par les autorités égyptiennes. Il n’y a pas de semaine, pas de mois sans ce cortège d’ambulances, de chaises roulantes, de vivres, d’instruments de musique, qui font une concurrence éclatante à l’économie trouble des tunnels et pèsent de leur poids symbolique. Nous sommes tous des emmurés, disent-ils en substance. Comme nous avons tous été des Berlinois, ou des Juifs, ou des Noirs.

Ces signes, alors que l’horizon politique est sombre, éclairent un peu le chemin. Difficile de savoir s’ils conduisent à une impasse ou à une véritable issue politique. Soutenir qu’il ne s’est rien passé à Gaza est devenu impossible depuis le rapport Goldstone. Mais constater qu’il ne s’est rien passé après Gaza serait un crime de l’impuissance dont nous serions tous comptables. L’Europe mérite mieux que cela.

Blog de campagne (7)

8 mai 2009

Vendredi 7 mai. Les élections sont dans un mois. Et j’émerge. Pas un blog depuis quelques jours : je n’ai pas pu ! À Strasbourg, on a toujours la tête sous l’eau. Il faut savoir garder son souffle, tenir. Et quand on refait surface, c’est avec les poumons prêts à éclater. Pourquoi ?

. D’abord parce que physiquement l’atmosphère est irrespirable. Je ne sais vraiment pas ce qu’ils mettent dans l’air conditionné, mais dans cette immense bulle de verre qui accueille des milliers de personnes, les trois quarts font des allergies. En moins d’une demi-heure j’ai les yeux qui me sortent de la tête, j’éternue par rafales et je me sens asphyxiée avec un début de crise d’asthme. Je ne suis pas la seule, tout le monde se plaint. C’est un moindre mal car Strasbourg, heureusement, c’est aussi autre chose.

. Parce que le volume de travail est considérable ! Quatre jours sans respiration, de huit heures à minuit. On court de réunion en réunion, on peaufine les compromis et quand on vote, c’est parfois des milliers d’amendements trois heures durant. Il m’est arrivé (chut !!!) de tomber endormie quelques minutes au milieu d’un vote -les antihistaminiques ont des effets ravageurs- et d’être réveillée brusquement par les coups de coude de mes deux voisins : à gauche, Alain Hutchinson, à droite, un Hongrois très paternel, Fasakas, qui tous deux veillent sur moi.

Cette session cependant était particulière. Sur le plan politique, elle était tendue. Plus question de compromis et la droite a marqué sa supériorité numérique :

- le rapport de la socialiste Edith Estrella, sur le congé parental (maternité/paternité) après accouchement a été renvoyé à la prochaine législature. C’est un échec pour nous,
- plusieurs rapports sur l’immigration ont été adoptés : ils ne sont pas franchement mauvais, mais les socialistes perdent presque tous leurs amendements, notamment sur les soins de santé aux clandestins,
- le rapport sur les droits de l’homme du socialiste espagnol Obiols passe haut la main,
- la condamnation des propos du pape sur le préservatif en Afrique est malheureusement balayée. Etc.

Pas de cadeau. Et on imagine un Parlement encore plus à droite à la prochaine législature ? Mes chers amis, de grâce, un sursaut !

Pour le reste, des petits miracles comme à chaque session. D’abord la longue visite d’un groupe de MJS de Verviers, mené par Malik. Ils ont vécu au même rythme que nous, c’est-à-dire au galop. Très gais tous et très intéressés. Autre petit miracle, le dernier «petit déjeuner de la Libre Pensée» de cette législature: on dresse ensemble les lignes de force d’une Europe laïque.

Le soir, dîner de célébration des parlementaires du groupe socialiste qui nous quittent. Beaucoup, et parmi les meilleurs, s’en vont. Parfois volontairement, mais ce n’est pas toujours le cas…

Au milieu du rush… mercredi en fin d’après-midi je suis revenue à Bruxelles pour le match Palestine-FC de Molenbeek, organisé pour le 60ème anniversaire de l’UNRWA. Course contre la montre pour arriver à temps : je rejoins les organisateurs sur la pelouse quelques minutes avant le coup d’envoi. Rencontre sportive émouvante. Oui, les Palestiniens ont perdu le match, mais ils ont gagné dans les cœurs. Comment s’entraîner ensemble, avoir une stratégie d’équipe, quand d’un village à l’autre des voisins peuvent à peine se parler ? Coup de chapeau à Philippe M. pour cette organisation. Je dors avec mon petit balluchon chez L. et réussis à me retrouver le lendemain à Strasbourg à 11h, bien avant les votes. Dure journée, à peine les votes terminés je reprends le train pour une émission sur France Inter «Le téléphone sonne». Gare du Nord, 22h00, plus de train pour Liège, seulement pour Bruxelles où M. m’attendra en voiture pour regagner la maison. Dodo à 1h30.

Debout ce matin à 6h30. Coiffeur. Oui. Crevée d’accord, moche non ! Avant la grande fête de l’Europe ce soir, trois heures de cours à l’ULG. Au programme : la directive service, la directive temps de travail, le cas Laval, la directive sur le détachement des travailleurs et la clause sociale horizontale.

Ça ne vous dit rien ? Attention, l’examen est… le 7 juin !!!

Je plaisante bien sûr. Pour les étudiants, l’examen a bien lieu, mais une semaine après les élections.